Pourquoi on peut prendre France Simulator au sérieux
Données datées, multiplicateurs publiés, hypothèses signalées, effets non chiffrés laissés à part : les règles qui empêchent un jeu satirique de raconter n’importe quoi.

France Simulator a des candidats à grosse tête, un Premier ministre qui annule ses vacances et un journal nommé Le Monde à l’Envers. Ce n’est pas une raison pour que ses comptes soient fantaisistes. Le jeu suit quelques règles strictes, inscrites dans son code et vérifiées à chaque modification.
Règle n° 1 : un chiffre a une source et une date
Les valeurs de départ sont des observations publiées, avec leur période et leur producteur : le déficit public de 2025 (152,5 milliards d’euros), la dette (3 460 milliards), les intérêts (64,7 milliards), le chômage du deuxième trimestre 2026 (8,3 %), la fécondité de 2025 (1,56 enfant par femme).
Les observations et les valeurs de jeu ne se mélangent pas. Un chiffre de maquette ne devient jamais un fait sourcé, et la page Données et méthode range chaque source selon son usage réel.
Règle n° 2 : une hypothèse est écrite, sourcée et affichée
Un jeu de politiques publiques doit répondre à des questions que les données ne tranchent pas. Si l’impôt sur les sociétés passe de 25 à 35 %, combien de bénéfices partent ailleurs ? Le jeu répond, mais chaque réponse est une hypothèse de jeu :
- regroupée dans un fichier dédié du code ;
- commentée avec l’ordre de grandeur publié dont elle s’inspire ;
- signalée à l’écran, à côté du chiffre qu’elle touche ;
- appliquée de la même façon quel que soit le candidat.
Pour l’impôt sur les sociétés, le jeu retient une élasticité de 0,5, la valeur utilisée par l’Institut des politiques publiques en 2024. Pour l’impôt sur le revenu, de 0,15 à 0,3 selon le revenu, dans la fourchette des travaux de Cabannes, Houdré et Landais (2014). Ces réactions dessinent une courbe de Laffer : au-delà d’un certain taux, monter l’impôt rapporte moins, et le jeu l’indique.

Règle n° 3 : « non chiffré » n’est pas « zéro »
Quand aucune estimation publiée utilisable n’existe, le jeu ne bricole pas un chiffre. Il affiche l’effet comme non chiffré. La réaction des consommateurs à la TVA en est un exemple : les études montrent surtout comment les prix bougent, pas comment l’assiette se déclare, donc le jeu ne fait réagir la TVA que par l’activité économique.
C’est moins spectaculaire qu’une estimation inventée, mais c’est honnête. Un joueur qui voit « non chiffré » sait qu’il touche à une zone d’incertitude.
Règle n° 4 : l’activité suit des modèles publiés
L’effet d’une décision sur le PIB, l’emploi et le pouvoir d’achat suit les variantes publiées du modèle Mésange de l’Insee et de la DG Trésor : investissement public, dépense publique, cotisations, TVA, CSG, impôt sur le revenu, taxe carbone, taux d’intérêt. Pour l’âge de départ, le jeu reprend les estimations présentées au Conseil d’orientation des retraites en mars 2026.
Comme un seul modèle ne fait pas consensus, chaque projet de loi affiche aussi la fourchette des autres modèles publiés. Nous l’expliquons dans Quand les économistes ne sont pas d’accord.
Règle n° 5 : les marchés ne sont pas naïfs
Les notes des agences et le taux d’emprunt réagissent à la dette et au déficit. Une règle calibrée sur les notes observées dans la zone euro plafonne la meilleure note possible quand la dette dépasse 70 % du PIB : chaque tranche de 15 points au-delà coûte un cran. Un pays à 110 % de dette ne peut donc plus être noté AAA, même avec un budget à l’équilibre.
Règle n° 6 : on teste le moteur contre le bon sens
Le jeu contient un tournoi automatique : chacun des quinze candidats gouverne seul pendant deux mandats en adoptant toutes ses propositions, avec les mêmes actualités pour tous. Le classement sert de garde-fou. Quand un résultat choque le bon sens, on cherche la cause.
C’est ainsi qu’une règle de retraites qui surestimait l’effet d’un an de départ en plus a été recalibrée sur les chiffres de la Cour des comptes, ou qu’une note AAA obtenue avec 110 % de dette a conduit au plafond décrit plus haut.
Règle n° 7 : la satire reste dans le texte
Les personnages ne changent que leurs recommandations. Ils n’ont ni bonus de croissance, ni popularité, ni sondage. Leurs mesures, même absurdes, ne passent que par des leviers que le moteur sait calculer, et leur effet affiché est recalculé : il est identique quel que soit le président élu. Une mesure que le moteur ne sait pas chiffrer est marquée comme telle et ne s’applique pas.
Les actualités satiriques commentent vos choix, avec des noms parodiques, et ne modifient pas les comptes au-delà de montants de jeu affichés comme tels. C’est la différence entre un jeu qui se moque de la politique et un jeu qui se moque de ses joueurs.