Comment gagner à France Simulator : ce que 1 000 parties nous ont appris

Chômage, climat social, normes, âge de départ, propositions à refuser : les conseils tirés de plus de 1 000 parties simulées pour être réélu en 2032.

La grille de l’Élysée au petit matin, une longue file de candidats en costume attend devant une urne dorée.

Être élu est facile : le second tour qui ouvre la partie est une scène de fiction. Être réélu est une autre affaire. En mai 2032, le score se calcule à partir de vos chiffres, avec la même règle pour tous les candidats. Beaucoup de joueurs finissent autour de 50 %, et perdent sur l’aléa.

Pour comprendre ce qui fait gagner, nous avons fait jouer un joueur automatique : plus de 1 000 parties, levier par levier, puis en combinaisons, avec les mêmes actualités pour toutes les stratégies. Voici ce qui en ressort, pour la version du 6 octobre 2026.

La règle du second tour

Le score de fin de mandat part de 50 % et bouge avec six chiffres du mandat :

Ce qui changeEffet sur le score
Chômage−2 points par point de chômage en plus
Déficit+1 point par point de PIB de déficit résorbé
Dette−0,15 point par point de PIB de dette en plus
Notes des agences−1 point par cran perdu, +1 par cran gagné
Climat social du mandat−1 point par tranche de 10 au-dessus de 50, en moyenne
Déplacements sur les crises+0,5 point par déplacement

S’y ajoute un aléa de −3 à +3 points, tiré une seule fois. Il faut donc viser 53 % ou plus pour être réélu à coup sûr.

Le climat social n’est pas un sondage : c’est une jauge de jeu, calculée uniquement à partir de vos décisions (impôts visibles, coupes, réformes, crises ouvertes). Un pays calme ne rapporte rien de plus ; un pays en colère pendant cinq ans coûte jusqu’à 5 points.

Lisez les sondages, mais croisez-les

Chaque mois, deux instituts publient votre score projeté au second tour : la règle ci-dessus appliquée à vos chiffres du jour. Ils se trompent de 3 points au plus, et chacun a son biais maison, qu’il ne publie pas. Retenez la moyenne de plusieurs instituts plutôt que le dernier chiffre, et visez 53 % ou plus quelques mois avant mai 2032. Le panneau « Les sondages » de la page État de la France montre douze mois de publications.

Ne rien faire, c’est jouer à pile ou face

Une partie où l’on ne vote aucune loi finit à 50,3 %. Le déficit baisse un peu tout seul (5,1 % à 4,1 % du PIB), la dette monte (115,7 % à 120,3 %), le chômage reste à 8,3 %. Avec l’aléa, cette France immobile est réélue un peu plus d’une fois sur deux.

Tout l’enjeu est de faire mieux que l’immobilisme, et d’abord de ne pas faire pire.

Le chômage d’abord

Un point de chômage en moins vaut deux points de déficit résorbé, ou treize points de dette en moins. Ce qui le fait baisser dans le moteur : les baisses de cotisations employeurs et d’impôts de production, la simplification des normes, l’investissement public. Ce qui le fait monter : les hausses d’impôts sur les entreprises et les coupes brutales dans la dépense.

Réformer, oui, mais pas à la hache

Deux leviers pèsent plus que tous les autres : les normes (page Économie) et l’âge de départ (page Démographie). Ils rapportent, mais ils mobilisent la rue, et leurs effets s’essoufflent quand on va trop loin.

  • Les normes. Baisser l’indicateur de réglementation de 10 % donne 52,7 % au second tour : c’est l’ampleur chiffrée par France Stratégie. Au-delà, chaque baisse rapporte moins, et notaires, pharmaciens et taxis protestent. −20 % donne 53,2 % ; le plancher du jeu (−49 %) seulement 52,8 %, avec un pays en « Colère ».
  • L’âge de départ. Les effets publiés couvrent des réformes entre 60 et 65 ans. Au-delà, chaque année compte pour moitié sur l’emploi, et chaque année après 64 ans tend le climat social, comme en 2010 et en 2023. 66 ans donne 50,7 %, 67 ans 49,5 % : on y perd.
  • Les deux à fond (normes au plancher, retraite à 67 ans) : 51,7 %, réélu trois fois sur quatre seulement, après cinq ans d’« Explosion » sociale.
  • Les deux avec mesure (normes −20 %, retraite à 65 ans) : 53,1 %, réélu à coup sûr.

À l’inverse, revenir à 62 ans coûte 3 points (47,4 %), et la retraite à 60 ans 6,5 points (43,8 %), même si le pays applaudit : le déficit et les notes des agences ne pardonnent pas.

La meilleure stratégie trouvée

Votée dès le premier mois, cette combinaison donne 55,1 % avec un candidat neutre, et de 55 % à 60,8 % selon le candidat quand on y ajoute le tri de ses propositions :

  1. normes −30 % (indicateur à 1,10) ;
  2. retraite à 65 ans ;
  3. les cinq programmes pour l’école ;
  4. cotisations employeurs −2 points ;
  5. un déplacement chaque mois sur la crise ouverte.

Le chômage descend à 6,7 %, le déficit à 3,6 % du PIB, et le climat social reste en « Colère » sans exploser.

Triez les propositions de votre candidat

Votre candidat propose des mesures tous les quatre mois. Rien ne vous oblige à toutes les adopter : le bouton « Refuser » les écarte, et une autre idée prend la place.

Nous avons joué chacun des quinze candidats de trois façons : en adoptant tout, en refusant les propositions qui font moins bien que l’immobilisme, et en ajoutant au tri la stratégie ci-dessus. Score au second tour, sans aléa, du plus bas au plus haut des quinze :

Façon de jouerScore des quinze candidats
Adopter toutes les propositionsde 37 % à 53 %
Refuser celles qui font moins bien que l’immobilismede 50 % à 53,5 %
Trier et ajouter la stratégie ci-dessusde 55 % à 61 %

Trois leçons :

  • Suivre son candidat les yeux fermés est risqué. Les programmes qui creusent le plus le déficit finissent loin derrière ; les autres frôlent la victoire sans l’assurer.
  • Le tri fait gagner jusqu’à 12 points aux programmes les plus coûteux.
  • Aucun candidat n’est condamné. Le moteur est le même pour tous : avec la même stratégie, les quinze sont réélus. Le Christ cosmique, lui, est réélu à 100 % par miracle quoi qu’il arrive.

Nous ne publions pas de classement des candidats : il mesurerait les programmes tels que le jeu les traduit en leviers, avec des ampleurs qui restent des choix de jeu, pas leur valeur réelle.

Les propositions à refuser

Votées seules au premier mois, certaines mesures font perdre des points, quel que soit le candidat qui les propose :

  • toute baisse de l’âge de départ (60, 62 ou 63 ans) : de −1 à −6,5 points ;
  • les grosses baisses d’impôts non financées, comme la suppression d’un prélèvement entier : le pouvoir d’achat monte, mais le déficit dépasse 7 % du PIB ;
  • les embauches publiques massives non financées : le chômage baisse, mais le déficit monte vers 6 % ;
  • les fortes hausses d’impôts sur les entreprises : le chômage monte, autour de 49,5 %.

Les économies brutales sont un cas à part : 130 milliards d’euros d’un coup ramènent le déficit à 1,2 %, mais le chômage monte à 9,9 % et le pouvoir d’achat recule de 8 %. Résultat : 50,7 %, à peine mieux que l’immobilisme, et un pays en colère.

Celles qui rapportent le plus : la simplification des normes, la retraite à 65 ans, les baisses de cotisations ou d’impôts de production, la TVA sociale, et les économies de fonctionnement et d’agences (de 51 à 53 % chacune).

La rigueur paie, un peu

Couper dans les dépenses réduit le déficit, mais le moteur calcule aussi ce que les coupes retirent à l’activité et aux revenus des ménages. Une rigueur classique (fonctionnement −10 %, subventions −10 %, TVA +2 points) ramène le déficit sous 3 %, mais le chômage monte à 8,9 % et le pouvoir d’achat recule de 2,9 % : 51,6 %, réélu trois fois sur quatre.

Les économies paient le plus quand elles financent ce qui fait baisser le chômage : moins de cotisations, moins d’impôts de production, des normes allégées.

Face à la colère : reculer ou se déplacer

Les colères montent en trois temps : une brève, une alerte, une crise sur la carte. Retraites, normes, carburants, TVA, prestations, salaires publics : chaque décision visible a la sienne.

Nous avons testé une politique très impopulaire (TVA, carburants, prestations et salaires publics en baisse). Sans rien faire face à la rue, elle finit à 49,2 %. Ensuite :

  • se déplacer chaque mois sur la crise ouverte la remonte à 52,8 % : chaque déplacement rapporte un demi-point ;
  • reculer à moitié sur chaque alerte donne aussi 52,8 % : le climat retombe, le chômage aussi ;
  • les plans de prévention calment moins qu’un recul, et laissent moins de crises où se déplacer : 51,2 %.
Une crise allumée sur la carte du jeu, avec le déplacement présidentiel et les deux réponses chiffrées.
Une crise sur la carte : un déplacement par mois, ou une réponse votée comme une loi.

L’école et la natalité : pour le second mandat

L’école coûte environ 4 milliards d’euros par an pour les cinq programmes. Elle fait passer la France au-dessus de la moyenne de l’OCDE à PISA (472 points en 2032), mais seule, elle aggrave un peu le déficit : le bilan du premier mandat reste nul. Financez-la par des économies.

La natalité est le chantier le plus dur. Seule une politique familiale à fond (430 000 places de crèche, prestations familiales doublées) ramène la fécondité au-dessus de 1,78 enfant par femme, son niveau de 2022.

Peut-on tout réparer ?

Pas en dix ans, d’après nos essais. Le meilleur parcours sur deux mandats (la stratégie ci-dessus, plus une politique familiale à fond) finit en mai 2037 à 19 points sur 22, réélu deux fois (51,3 à 51,9 % puis 56,9 à 57,4 %). Restent hors d’atteinte les prélèvements et la dépense publique : les ramener à la moyenne de la zone euro demanderait 140 milliards d’euros de baisses d’impôts et d’économies, et chaque tentative creusait le déficit ou faisait exploser le climat social.

La page « L’état de la France » du jeu, où chaque chantier est noté face à la trajectoire sans nouvelle loi.
L’état de la France : chaque chantier jugé face à ce qu’aurait donné un mandat sans nouvelle loi.

En résumé

  1. Visez 53 % : en dessous, l’aléa peut vous faire perdre. Suivez-le dans les sondages, en croisant les instituts.
  2. Le chômage d’abord : il compte double.
  3. Réformez les normes et la retraite avec mesure : −20 à −30 % de normes, 65 ans.
  4. Ne baissez jamais l’âge de départ.
  5. Refusez les propositions qui creusent le déficit sans créer d’emplois.
  6. Gardez le pays sous 50 de climat social, ou payez-le dans les urnes.
  7. Face à une colère, reculez à moitié ou déplacez-vous.
  8. Gardez l’école et la natalité pour un plan sur dix ans.

Les limites de l’exercice

Ces parties ont été jouées par un script, avec des actualités tirées de la même façon pour toutes les stratégies : un vrai joueur aura d’autres titres et d’autres crises. Les effets viennent des hypothèses publiées que le jeu affiche à chaque loi ; au-delà de ce qui a été mesuré (normes au-delà de −10 %, âge de départ hors de 60-65 ans), le jeu applique des rendements décroissants, signalés à l’écran comme hypothèses de jeu. Ces conseils ne disent pas ce qu’il faudrait faire en France, seulement ce que le moteur calcule.