Comment on a construit France Simulator
Un jeu en pixel art 16 bits branché sur les vrais comptes publics : le moteur mensuel, les données ouvertes, les lois, et ce que le jeu ne prétend pas faire.

France Simulator part d’une idée simple : vous êtes élu président en mai 2027 et vous gouvernez la France avec ses vrais chiffres. Pas une France inventée avec un budget rond de 1 000 milliards, mais celle des comptes publics publiés : un PIB de 2 991 milliards d’euros en 2025, 1 714 milliards de dépenses publiques, 1 562 milliards de recettes, une dette de 115,7 % du PIB.
Le décor est volontairement celui d’un jeu de stratégie des années 1990 : pixel art 16 bits, carte de la France en maquette flottante, journal télévisé du soir pour le second tour, candidats caricaturaux. Sous ce décor tourne un moteur comptable qui, lui, ne plaisante pas.
Un moteur qui avance mois par mois
Chaque mois de jeu, le moteur recalcule le budget de l’année en cours : les recettes de 16 prélèvements (TVA, impôt sur le revenu, impôt sur les sociétés, cotisations, CSG, accise sur les carburants…), les dépenses par grande catégorie (rémunérations, fonctionnement, prestations, transferts, investissement), les pensions de retraite et les intérêts de la dette.
Le déficit du mois s’ajoute à la dette, et la dette coûte des intérêts. Le PIB suit une croissance de référence de 1,2 % par an et une inflation de 2 % : ce sont des hypothèses de jeu, affichées comme telles. Vos décisions écartent ensuite l’économie de cette trajectoire.
Pour savoir de combien, le jeu reprend les multiplicateurs budgétaires publiés par l’Insee et la DG Trésor pour leur modèle Mésange. Un point de PIB d’investissement public en plus, par exemple, relève le PIB de 1,31 % au bout d’un an selon ce modèle. Une hausse de TVA d’un point de PIB le réduit de 0,32 % la première année, puis de 0,81 % à cinq ans. Le jeu applique ces profils à chaque décision, avec le même calendrier.

Chaque décision devient une loi
Dans France Simulator, on ne déplace pas un curseur en douce. Changer un taux, couper un ministère ou reculer l’âge de départ crée un brouillon ; le voter crée une loi, avec un numéro (« n° 2027-3 »), un nom tiré d’un lot satirique et la liste exacte de ce qu’elle change. Une loi peut être abrogée plus tard, si rien ne l’a modifiée depuis.
Avant de voter, le projet affiche son effet calculé : variation du solde, effet sur le PIB à 1, 2 et 5 ans, sur le chômage et sur le pouvoir d’achat, avec la fourchette des autres modèles économiques publiés.
Des données ouvertes, pas des chiffres de maquette
Les chiffres de départ viennent de sources publiques, chacune datée et citée dans la page Données et méthode :
- les comptes nationaux et les comptes des administrations publiques 2025 (Insee, Eurostat) ;
- le budget de l’État : les crédits du projet de loi de finances 2025 par ministère, programme et action, et les effectifs de chaque programme (data.economie.gouv.fr, aussi publiés sur data.gouv.fr) ;
- l’impôt sur le revenu : les 41,6 millions de foyers fiscaux en 25 tranches de revenu, avec leur impôt net (DGFiP, revenus 2024, sur data.gouv.fr) ;
- la population au 1er janvier 2026 par âge, la fécondité et la mortalité (Insee, Eurostat) ;
- le taux d’emprunt de l’État et les notes des trois grandes agences ;
- le prix à la pompe relevé dans toutes les stations, pour expliquer l’accise (data.gouv.fr).
Quand une donnée manque, le jeu le dit. Les assiettes de plusieurs impôts restent des valeurs de jeu, et le registre des sources distingue ce qui alimente un chiffre, ce qui fonde une hypothèse et ce qui est seulement recensé.
Une population qui vieillit vraiment
La démographie n’est pas un décor. Le jeu fait vieillir la pyramide des âges de 2025, année après année, avec les naissances, les décès et le solde migratoire que vous choisissez. Le nombre de retraités en découle, donc le coût des pensions : un an d’écart sur l’âge de départ pèse environ 4,2 milliards d’euros de pensions par an une fois la mesure en place, dont un cinquième se reporte sur d’autres prestations (chômage, maladie, minima sociaux), selon les chiffres de la Cour des comptes de février 2025.
La politique familiale est branchée sur la fécondité : places en crèche et prestations familiales ont un coût et un effet, tirés d’études publiées et signalés comme hypothèses de jeu.
Le jugement de fin de mandat
À la fin du mandat, le jeu ne demande pas l’avis d’un sondage. Il regarde dix chantiers : les prélèvements, la dépense publique, la réglementation, le déficit, la dette, le chômage, le pouvoir d’achat, les retraites, le crédit du pays et la démographie. Chacun est jugé par rapport à la trajectoire « sans nouvelle loi » : ce que serait devenue la France si vous n’aviez rien voté.
Un second tour de fiction suit, dont le score se déduit des chiffres du mandat par une règle identique pour tous les candidats, plus un aléa tiré une seule fois.
Construit avec l’IA
Tout cela a été réalisé par une seule personne avec l’intelligence artificielle, en moins de 24 heures de travail : le code, les tests, la recherche des sources, les illustrations et ces articles. Nous racontons comment, chiffres à l’appui, dans Comment une IA a construit France Simulator.
Ce que le jeu ne prétend pas faire
France Simulator n’est pas une prévision. Le moteur est linéaire, il ne connaît ni récession mondiale ni crise financière, et plusieurs effets restent « non chiffrés » plutôt que comptés pour zéro. Les personnages sont des caricatures, les actualités sont satiriques et les noms d’entreprises sont parodiques. Ce qui est sérieux, ce sont les comptes de départ et les règles de calcul, identiques quel que soit le président que vous incarnez.