Comment France Simulator reste impartial

Quinze candidats caricaturés, aucune opinion inventée, les mêmes calculs pour tous : comment un jeu politique évite de favoriser un camp, et ce qu’il assume.

L’hémicycle de l’Assemblée nationale en pixel art, avec au centre une grande balance dorée parfaitement à l’équilibre entre un poids bleu et un poids rouge.

Un jeu politique a deux façons de tricher. La première est grossière : donner un bonus à un camp, une croissance magique à un candidat, une malédiction à un autre. La seconde est plus discrète : choisir des règles qui donnent toujours raison aux mêmes idées. France Simulator se protège contre la première par construction, et rend la seconde visible.

Le même moteur, quel que soit le président

Les quinze candidats du jeu couvrent tout l’éventail, de la gauche radicale à la droite nationale, en passant par les écologistes, le centre et la droite libérale, plus un Christ cosmique hors catégorie. Tous sont des caricatures aux noms parodiques.

Leur seul pouvoir est de recommander. Ils proposent des mesures, citent des répliques selon la situation, mais ne touchent jamais au moteur :

  • aucun bonus de croissance, de recettes ou de confiance attaché à un personnage ;
  • aucune popularité ni soutien partisan propre à un personnage ;
  • l’effet affiché d’une mesure est recalculé par le moteur, et il est identique quel que soit le président élu.

Si un candidat de gauche et un candidat de droite votent exactement les mêmes lois, ils obtiennent exactement les mêmes comptes.

Des programmes à leur vraie taille

Les propositions de chaque candidat reprennent les ordres de grandeur annoncés publiquement par chaque camp : montants d’économies, créations ou suppressions de postes, âge de départ à la retraite défendu. Elles sont converties en leviers du jeu (une catégorie de dépense, un taux, un barème), avec des sources citées dans le code.

Ces montants restent des choix de jeu, jamais présentés comme le chiffrage officiel d’un programme : aucun programme pour 2027 n’a de chiffrage indépendant à ce jour. Une mesure que le moteur ne sait pas calculer est marquée « non chiffrée » et ne s’applique pas, quel que soit son auteur.

Aucune opinion inventée, même au second tour

Le second tour qui ouvre la partie est une scène de fiction : un adversaire et un score entre 50,1 % et 59 % sont tirés une fois et enregistrés. Seul le Christ cosmique est élu à 100 %, dans une scène de miracle assumée.

Le second tour de fin de mandat ne consulte pas non plus l’opinion. Son score se déduit des chiffres du mandat par une règle identique pour tous : chômage, dette, déficit, notes des agences, climat social moyen et déplacements sur les crises, plus un aléa de quelques points tiré une seule fois. Le climat social lui-même se calcule à partir des seules décisions du joueur.

Les sondages publiés en cours de mandat suivent la même logique. Des instituts parodiques publient chaque mois la projection de cette règle sur les chiffres du jour, avec leur marge d’erreur et un biais maison. Ils aident le joueur à voir où il va, mais ne mesurent aucune opinion et ne changent aucun calcul.

Ce que le jeu choisit, et qu’il affiche

Un jeu sans aucun parti pris n’existe pas : il faut bien décider ce qu’est un bon mandat. France Simulator juge la fin de mandat sur dix chantiers, chacun avec un repère chiffré et sa source :

ChantierRepère
Le déficitsous 3 % du PIB, la valeur de référence européenne
La detteen baisse en part du PIB sur le mandat
Le chômagesous la moyenne de la zone euro
Le pouvoir d’achatrevenu réel des ménages au-dessus de la trajectoire sans nouvelle loi
Les prélèvements et la dépenserapprochés de la moyenne de la zone euro
Les retraitesen baisse en part du PIB
Le crédit du paysles trois agences à AA- ou mieux
La démographiefécondité revenue à son niveau de 2022
La réglementationindicateur de l’OCDE en baisse de 10 %

Ces repères sont discutables, et c’est voulu qu’ils soient visibles. Ils mêlent des objectifs que la droite met en avant (moins de prélèvements, moins de dépense) et d’autres que la gauche défend (pouvoir d’achat, emploi). Surtout, un chantier est jugé par rapport à la trajectoire « sans nouvelle loi », pas par rapport à un idéal : on mesure ce que vos décisions ont changé.

La page « L’état de la France » du jeu : dix chantiers notés, chacun avec sa valeur et la trajectoire sans nouvelle loi.
L’état de la France dans le jeu : dix chantiers, chacun jugé face à la trajectoire « sans nouvelle loi ».

Le tournoi des pilotes automatiques

Pour vérifier que les règles ne pénalisent pas un camp par accident, le jeu fait gouverner chaque candidat seul, en adoptant toutes ses propositions, avec les mêmes actualités pour tous. Le classement qui en sort reflète les programmes tels que le moteur les calcule : un programme qui creuse fortement le déficit finit mal, d’où qu’il vienne.

Quand un résultat paraît absurde, ce n’est pas le candidat qu’on corrige, c’est la règle, et elle change pour tout le monde.

Les limites

L’impartialité du moteur ne fait pas de lui un oracle. Les multiplicateurs publiés ne sont pas d’accord entre eux, et certains effets (la confiance, l’innovation, la sécurité) ne sont pas chiffrés. Le jeu le dit à l’écran plutôt que de combler les trous avec des opinions.